Page:Andre Suares Voyage du Condottiere Vers Venise, 1910.djvu/23

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ii

HOLBEIN


Au musée de Bâle.



Le plus impassible des peintres : sa conscience, c’est son œil.

Jeune homme, il est déjà mûr. Sérieux, froid, sa solidité fait peur. Homme mûr, il n’a point d’âge, sinon l’âge de la force. Tout est carré en lui. Il a une tête de bourreau, d’âpre marchand, de maître sans pitié qui commande au logis ou à la guerre. La barbe des porteurs d’eau lui élargit encore le visage. Je reconnais celui qui ricane, sans desserrer les dents, à la Danse des Morts.

C’est bien l’homme du fait et de la matière. On ne sait s’il aime la nature : il la regarde de près, en tout cas ; il est pour elle un témoin sagace, un silencieux confident. Il a l’instinct de l’apparence, et il nourrit le sentiment de la destruction. Holbein, homme qu’on ne trompe pas.

Il analyse avec sûreté, avec force, avec beaucoup d’esprit.