d’Epinay ne vît pas sans une jalousie très légitime sa belle-sœur accaparer un homme qu’elle avait logé près d’elle pour jouir de sa société. » C’est très bien indiquer qu’en acceptant un logement à l’Ermitage, Rousseau avait aliéné une partie de sa liberté. Si dans ses lettres, il parle de son esclavage, c’est une forte exagération, et non pas une contre-vérité. — Page 363. M. Ducros analyse avec perspicacité le sentiment des amis de Rousseau sur sa retraite à la campagne : « On sent, dit-il, et qu’on me pardonne le mot, que pour eux Rousseau est un poseur. »
Je pourrais continuer longtemps, en signalant ainsi les passages où M. Ducros caractérise avec justesse les événements et les hommes ; mais le lecteur saura les trouver lui-même. Ce livre est un de ceux auxquels devra faire beaucoup d’emprunts celui qui donnera quelque jour une édition des Confessions avec des notes variorum. [E. R.]
ALLEMAGNE
Un grand nom peut couvrir parfois une médiocre marchandise. C’est le cas de cet opuscule de M. Georg Brandès, que l’éditeur a illustré d’une douzaine de bonnes reproductions de portraits et d’estampes allégoriques à la gloire de Voltaire et de Rousseau.
Des deux monographies qui le composent, nous nous arrêtons seulement à la seconde. Dans la première, qui décrit avec verve, et dans un sentiment plus sympathique au poète qu’au prince, les relations de Voltaire avec Frédéric II, on pourra relever cette affirmation stupéfiante que le petit jeu des définitions philosophiques qu’on jouait à la table royale de Postdam, fut l’origine d’une encyclopédie, « ce Dictionnaire philosophique, la grande œuvre de Voltaire, Diderot et d’Alembert « (p. 30). M. Georg Brandès a dû être bien distrait pour confondre l’Encyclopédie avec le Dictionnaire philosophique, ou pour écrire (p. 40) que Voltaire, établi à Ferney, se trouvait « dans la libre Suisse ». Avoir placé, en tête de l’étude sur J. J. Rousseau, un portrait de « Jean-Bapte Rousseau, né à Paris en 1671 », est une distraction encore, mais imputable celle-là sans doute à l’éditeur.