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SEPTE

(1874)

des délégués avaient.été envoyés à l’hôtel de ville pour demander la déchéance du gouvernement ; cette demande, deux fois renouvelée, ayant été repoussée, la fusillade s’engagea ; au bout d’un quart d’heure, les insurgés prenaient la fuite, laissant sur le terrain une vingtaine de tués pu de blessés. Le lendemain, 23 janvier, le gouvernement suspendait les clubs jusqu’à la fin du siège et supprimait le Réveil et le Combat, qui contenaient tous les jours des excitations à la guerre civile.

Après la tentative du 19 janvier, la population demandait un autre effort plus vigoureux que le précédent ; plusieurs journaux avaient exprimé l’opinion qu’il fallait jeter’hors de Paris toutes les forces disponibles en laissant les marins dans les forts et en confiant les remparts à une partie de la garde nationale, soutenue par quelques régiments. Mais les généraux en chef consultés, avaient jugé ce projet impraticable ; il en fut de même des généraux de division, puis des colonels, qu’on réunit ensuite pour connaître leur avis. Le gouvernement avait acquis en même tempslaconviction que les vivres manqueraient totalement dans un très-court : délai, et que pour prévenir d’im- , m élises désastres il fallait sans perdre un moment assurer le ravitaillement de Paris. Mais à qùef moyen fallait-il recourir ? Le gouvernement n’en vit qu’un seul, la capitulation.., et il s’y résigna. Dès le 23 janvier M. Jules Favre écrivit à M, rie Bismarck pour lui demander l’autorisation de se rendre à Versailles, et sur sa , réponse affirmative if y arriva le soir à huit heures, et entra bientôt en conférence avec le chancelier. À dix heures, M. Jules Favre s’était retiré au domicile du préfet de police, où il passa la huit ; à onze heures, M. de. Bismark avait une entrevue avec le roi. Le lendemain matin le roi présidait un conseil de guerre composé du général de Moltke, du prince royal, du gënéral.de Roon : et de M. de Bismark. Ladécision arrêtée dans ce conseil fut communia quée à M. Jules Favre, ’ qui repartit le soir pour Paris afin de conférer avec les membres du gouvernement, et retourna le lendemain à Versaillesoù il engageâtes négociations définitives. La résolution arrêtée par le gouvernement fut bientôt connue du public. Le bruit s’en répandit dès le 24, et le soir, des groupes nombreux se formèrent sur les boulevards ; les Parisiens ne voulaient pas croire à la capitulation, et de violentés protestations s’élevaient contre ce bruit partout répandu, que beaucoup attribuaient à une manœuvre de la commune. Mais le 25 la nouvelle se confirma ; on connaissait même lësbases de la négociation ;, des groupes menaçants se formèrent devant l’hôtel de ville, le peuple demandait la démission du gouvernement et une sortie en masse. Le 26, le gouvernement s’expliqua. Paris ne pouvait plus compter sur les armées de secours, Chanzy ayant été repoussé jusqu’à Laval, Faidherbe jusqu’à Lille et Bourbaki opérant dans Test. Les vivres allaient manquer, et le gouvernement avait cru de son devoir d’entrer en négociations avec l’ennemi ; les forts seraient rendus, mais l’armée allemande n’entrerait pas dans Paris qui conserverait sa-garde nationale intacte et une

; division de l’armée.

M. Jules Favre, préoccupé, dans ces douloureuses circonstances, de sauvegarder l’honneur de la capitale, avait obtenu, en effet, non sans

peine, pour la garde nationale, le droit de garder

ses armes. Il avait ainsi préparé le triomphe de la grande insurrection qui devait éclater le 18 mars. Mais qui oserait lui faire un. reproche de la pensée généreuse à laquelle il obéissait ? Le lendemain, 27, une déclaration officielle confirmait la communication de la veille ; elle annonçait que l’effectif des troupes qui conserveraient leurs armes, commelagarde, nationale, avait été fixé à,12,000 hommes, que le reste de l’armée rendrait ses armes, mais que les officiers garderaient leurépéel L’agita- . tion fut grande pendant toute cette journée, et le soir des groupes nombreux stationnaient sur lés boulevards, à Belleville, à Montmartre, à, la Villette, et sur beaucoup d’autres points. Des voix s’élevaient pour demander la résistance à outrance ; on parlait de confier le com-

mandement en chef à l’amiral Saisset et de

conserver les forts à tout prix. On se portait en masse devant les mairies, et pendant la nuit, le tocsin fut sonné à l’église Saint-Laurent et à, l’église Saint-Nicolas, pour réunir la garde, nationale, dont certains officiers voulaient prendre le commandement afin d’engager la lutte, dans de nouvelles conditions, et en dehors de toute action du gouvernement.

Ce mouvement avorta ; le lendemain, 28, l’armistice était signé’et le 29, le télégramme suivant, adressé asà l’impératrice et reine » était expédié, de Versailles à Berlin : « Hier soir a été signé un armistice de trois semaines, La ligne et, la mobile sont prisonnières de guerre et internées dans Paris. La garde nationale sédentaire assure le maintien de l’ordre. Nous prenons possession de tous les forts. Paris demeure investi et pourra se ravitailler lorsque les armes auront été livrées. Une constituante est convoquée à Bordeaux dans quinze jours. Les armées en campagne conservent leurs positions respectives, -avec des zones de neutralité entre elles. Voilà.la première récompense, féconde en bénédictions, du patriotisme, de l’héroïsme el des lourds sacrifices accomplis par notre nation. Je, remercie Dieu de cette nouvelle faveur. Puisse.la paix suivre, bientôt ! ; «GUILLAUME.»