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(1577)

SEPTE

(1S78)

des gardes nationales sédentaires. Le président, M ; Leeesne, devait remettre tous les jours, au conseil du gouvernement, un exposé sommaire des opérations. La commission était donc devenue un des services les plus importants établis à Tours auprès de la délégation. De graves accusations, malheureusement, furent portées contre elle. On lui reprochait, en particulier, des achats d’armes faits à l’étranger à des conditions désastreuses pour le trésor.

L’armement était la grande affaire et la grande préoccupation du pays. Par ses décrets du 23 septembre, la délégation ordonna la création de quatre nouveaux cadres de compagnie dans chaque dépôt de régiment de ligne , et ; de deux cadres dans chaque dépôt de ba- ; taillons de chasseurs, à pied. Pour former les nouveaux cadres, les généraux étaient autorisés à accepter les services des officiers démissionnaires âgés de moins.de 50 ans et des anciens sous-officiers qu’ils pouvaient élever pour la durée de la guerre au grade de sous-lieutenant. Un décret du 28 fixa la solde des francs-tireurs, et le lendemain, if parut un autre décret qui, conformément à ceux du.12. et du 16 septembre, ordonnait dans toute la France, l’organisation immédiate de compagnies de gardes nationaux mobilisés comprenant tous les citoyens de 21 ’à-40 ans non mariés ou veufs sans enfants qui ne faisaient partie ni de l’armée régulière, ni de la garde nationale mobile. La délégation ne fut pas heureuse dans le choix des généraux qùidevaienl conduire à la revanche dé la France les nouvelles troupes qu’on mettait surpied, mobiles, régiments de marche, etc. Il fallut remplacer plus tard ceux sur lesquels son choix s’arrêta. Elle, comprit du moins que devant les Prussiens, il ne pouvait y avoir momentanément qu’un ; drapeau, celui de la

France, et elle permit à-M. de Cathelineau d’organiser le corps des volontaires de l’ouest -, rivaux des zouaves de M« de Charetle.

Le 27 septembre, un décret rendit à Napolêon-Vendée son ancien nom de la Roche-sur-Yoh, Le : 30, la délégation faisait savoir aux préfets et aux sous-préfets qu’ils recevraient toutes les nouvelles bonnes ou mauvaises et enjoignait de les faire lire publiquement m’afficher dans toutes les communes. On peut dire que la France ne vécut pendant cinq mois que de ces communications, qu’on attendait dans les moindres villages-avec une patriotique impatience. M. Crémieux choisit ensuite, pour servir d’organe à la délégation, le Moniteur officiel qui publiait une édition à Tours, où s’étaient installés- plusieurs autres journaux de Paris,

Pendant que les Prussiens établissaient leurs batteries autour de Paris, Strasbourg succombait, et le 1er octobre, l’archevêque de Tours accordait-l’hospitalité au général Ulirich qui

avait obtenu de l’ennemi l’autorisation de venir rendre compte de la capitulation. Le 3 du même mois, M. Crémieux remplaçait, comme ministre de la guerre, l’amiral Fourichon qui avait donné sa démission à la suite d’un incident occasionné par l’arrestation du général MazureàLyon.

Ainsi s’écoulèrent le mois de septembre elle commencement d’octobre pans grands résultats, pour le pays. Mais un jour, le 7, un ballon^ ¥ Armand- Barbes, s’élevant au-dessus de Paris ëf salué deux fois par les balles prussiennes, alla s’abattre près de Montdidier ; c’était Gambetta qui muni des pleins pouvoirs du gouvernement central venait apporter à la délégation l’énergie quilui manquait. Gambetta traverse Rouen, Amiens, le Mans, adressant au peuple de chaudes paroles et arrive à Tours le 9, à midi, accompagné de M. Spuller, son secrétaire. Une foule considérable s’étaifportée à l’hôtel de la préfecture où il était descendu ; il paraît au balcon, les applaudissements éclatent. Gambetta’prend la parole, et après avoir dit’quelques mois de remercîments « l’heure, dit-il, n’est pas aux manifestations. Travaillons ; et combattons... Travaillons immédiatement car nous n’avons pas une minute à perdre. Que chacun soit à son poste de combat. Séparons-nous en criant : vive la république ! » On comprit que tout allait changer de face. Par une coïncidence étrange, Garibaldi, autorisé par M. Crémieux à offrir son concours à la France, était arrivé à Tours trois heures à peine avant Gambetta. Il se trouvait comme lui à la préfecture où il fut l’objet d’une assez pâle ovation. Avant de s’embarquer pour la France, Garibaldi avait écrit à ses amis ; « Hier je vous disais : guerre à outrance à Bonaparte I je vous dis aujourd’hui, il faut maintenir la république française par tous les moyens possibles. » Ces trois lignes disaient tout. — Le même jour, une légion américaine était venue se mettre à la disposition du gou-^ Vernemerit et, le même jour encore, étaitarrivéeà Tours une délégation espagnole, composéé de MM. Orense, Emilio Castelar, Paul y Angulo et Tutau qui voulaient établir une entente entre le parti républicain de l’Espagne et les membres dû gouvernement de la république française. La délégation espagnole qui avait pu à peine voirGambetta, partit le cœur attristé de la tiédeur des hommes chargés de représenter à Tours et de faire accepter à la France le principe vivifiant de la république^ et il s’en fallut de peuque Garibaldi, froissé par la délégation, ne reprit immédiatement le chemin de Câprera. Gambetta, heureusement, put le retenir en réparant les torts qu’on avait eus envers lui, et bientôt après le généreux italien partait pour l’est delà France.,