Page:Anonyme - Azolie ou la Jeune Fille muette, 1842.pdf/7

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Mais, hélas ! Azolie avait un grand défaut :
              Elle parlait beaucoup ; que dis-je ?
Parfois elle parlait un peu plus qu’il ne faut.
Le croira-t-on ! souvent, des secrets de son père
       On l’entendit révéler le mystère :
              Sourde aux représentations
              De ses amis, de sa famille,
       Un jour enfin cette indiscrète fille
De Lama s’attira les malédictions,
              Pour avoir, contre toute attente,
Surpris, dans la mosquée, un secret merveilleux,
Qui bientôt s’échappa de sa bouche imprudente.
       Ce grand secret intéressait les Dieux :
              Aussi, le Ministre obtint d’eux
       Une subite et cruelle vengeance,
Dont la jeune fille eut à supporter le poids.
Les Dieux, pour la réduire à jamais au silence,
              Lui ravirent soudain la voix.
Sa douleur fut cruelle : à moins on se désole,
       Quand on est fille et qu’on perd la parole !
              De cette brusque affliction,
              Et dont la cause est sans pareille,
              Tout Bagdad eut compassion ;
              Aussi, chacun vient et conseille
              Des remèdes bien sûrs, dit-on,
Des remèdes enfin de toutes les espèces.
Ils sont tous sans succès : on promet des richesses,
              De grands emplois, de grands honneurs,
Dont on centuplera, s’il le faut, les valeurs,