Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/115

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Maintenant la nourrice et le militaire s’étaient rapprochés. Ils ne se parlaient plus que par monosyllabes, comme engourdis. Il lui avait passé le bras autour de la taille et l’attirait tout près de lui. Elle, s’abandonnait, riant d’un rire bête, heureuse, alanguie. De temps en temps ils s’embrassaient fadement sur le gras des joues.

La bouche tout près de sa nuque, le militaire glissait dans l’oreille de la bonne des mots, des lambeaux de phrases qui la faisaient se pâmer, souriant d’aise.

Il y a huit jours que cela s’est passé.

Dans sa couchette de dentelles blanches, — toutes blanches — le bébé repose, plus pâle que les coussins sur lesquels il est étendu. Il se meurt. À chaque instant sa face gonflée, rongée par la fièvre se rougit, — pourpre de sang, — ses yeux s’élargissent pleins d’effroi ; ses bras convulsés se tordent affreusement et une toux sèche déchire sa petite poitrine, — mauvaise, criarde, gémissante. On dirait un long et lugubre aboiement d’un accent hoqueté.

Le docteur vient de sortir, désespéré. Les parents rappelés de voyage, sanglotent dans la chambre à côté, le visage pâli par l’insomnie, l’angoisse, la douleur.

À la lueur vacillante d’une veilleuse, la nourrice dans un coin de la chambre veille près du bébé…

Et elle pense au jeune militaire qu’elle n’a plus revu depuis la première rencontre ; elle pense aux baisers dont il la saturée, aux étreintes dont il la serrait si follement :

Et souriant, elle murmure ;

« C’était le soir… »


Bruxelles, le 11 mars 1887.


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