Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/140

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Soudain, je dus fermer les yeux.

Par une éclaircie du feuillage, un rayon de soleil m’avait ébloui.

Pour obvier au retour de semblable inconvénient, que l’écartement croissant des rives rendait probable, je fis une demi-révolution sur moi-même, et, appuyé sur mes coudes, j’eus le plaisir de me mirer dans la Reliane.

Je ne m’absorbai pas, comme Narcisse, dans cette vaniteuse contemplation. L’onde était si transparente, que les détails du fond attirèrent aussitôt mon attention.

C’était un lit de sable fin, marqueté de cailloux blancs. D’élégantes plantes aquatiques y emmêlaient leurs longues tiges effilées, qui se balançaient mollement aux moindres ondulations de la vague !

De petits poissons gris, brillants, au ventre argenté, se faufilaient à travers ce lacis de végétation, allant, venant, tournoyant, happant une proie invisible pour moi, se disputant quelque débris d’insecte, s’élevant vers la surface, plongeant vers le fond, puis filant tout à coup à la moindre apparence suspecte.

Des êtres bizarres rampaient sur le sable : larves informes de friganes, enveloppées d’un fourreau de débris végétaux ou de grains de sable ; larves carnassières de libellules, aux formes diaboliques, n’annonçant en rien le gracieux névroptère auquel elles donnent naissance ; nèpes cendrées, aplaties contre le sol.

Lorsqu’un rayon de soleil pénétrait jusque dans ces profondeurs, il y allumait mille reflets merveilleux. Le sable s’irisait, les algues prenaient une teinte dorée, les poissons sautillaient avec des scintillements métalliques, et les monstres rampants eux-mêmes s’agitaient avec plus de vivacité.