Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/196

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Supplément.

NI CHAIR, NI POISSON


L’AVANT-DERNIER CHAPITRE




— Mon ami, je sors. Il est six heures. Je vais chez Mme de Marbois.

Elle se regarde une dernière fois dans la glace, la tête tournée par-dessus son épaule, aplatit d’une légère tape de la main ses jupons, et lentement, d’un pas mesuré, se dirige vers la porte.

Le bout de ses doigts pose sur le bouton : elle va le tourner. Non, elle revient sur ses pas. Un gentil sourire entr’ouvre sa bouche, laissant briller la blancheur de ses dents ; et ses lèvres remontent de chaque côté, dans le pli gras des joues. Elle n’est ni plus pâle ni plus rose qu’à l’ordinaire : elle est plus jolie, voilà tout. Au fond de sa prunelle tremblote une lueur, et le coin de ses yeux se plisse, d’un air méchant et doux : on dirait qu’elle Va tuer quelque chose.

— Eh bien ! dit-elle, tu ne me tends pas la main ?

Elle s’avance vers lui, en se balançant sur ses hanches, la tête haute, et lui met dans la main ses doigts ronds et fins, moulés dans de la peau de Suède. Comme il est plus grand qu’elle, elle pose la tête sur sa poitrine et le regarde de bas en haut, avec une perfidie câline.

— M’en veux-tu ? Désires-tu que je n’aille pas chez Mme de Marbois ?

Il la regarde à son tour, longuement, silencieusement et finit par lui dire :