Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/53

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tzar de toutes les Russies, et enfin les chevaux de bois, élément obligé des divertissements de place publique.

Cependant, dans la rue conduisant, à droite de la grand’route, vers l’église, la foire se présente sous un aspect plus original, plus campagnard.

Un marchand de complaintes, efflanqué comme un Callot, accompagne, « trémolinant » sur un violon criard, le chant d’une fille de vingt ans au teint séreux, aux chairs soufflées, à la voix traînarde et enrouée. Le couple du ménétrier et de la cantatrice se détachent sur un paravent illustré, dans le goût des coloristes d’Épinal, des principaux sujets des mélopées que vend, entre deux couplets, le famélique instrumentiste. Au pied des tréteaux, s’amassent, la bouche ouverte, le nez en l’air, les paysans se rendant à l’église. Non loin de là, commercent d’autres marchands de chansons ; leur marchandise, imprimée sur papier à chandelle, est suspendue comme du linge à sécher à des cordes longeant le mur ; et des dilettanti en sabots, de ceux qu’on invite à chanter à la veillée et aux repas de noces, passent en revue les primeurs étalées dont ils épèlent les titres. À côté de cette littérature profane, se débitent les prières de circonstance adressées au patron du lieu ; les chapelets, les médailles de dévotion, les scapulaires. Pour la modique somme de cinq centimes, on peut notamment entrer en possession de la véritable oraison de Charles-Quint ; les litanies de saint Corneille, pape et martyr, ne coûtent pas davantage.