Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/54

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Depuis mon séjour, le village s’est insensiblement peuplé. La foule débouche non seulement par la route de Bruxelles, mais les pèlerins arrivent des contrées de Vilvorde, de Malines, de Louvain, voire du pays d’Anvers,

La cloche appelle les fidèles à la grand’messe de dix heures. Ils descendent des quatre côtés du pays, par les chemins de desserte et les sentes. Les blouses bleues, empesées et lustrées, redressant les dos bombés, les mouchoirs de cotonnade fixés sur la tête des paysannes par une touffe de fleurs vives, et tombant dans le cou et sur l’épaule avec des plis de mantille madrilène, animent les vallonnements des champs. La file serrée et hâtive serpente entre les seigles poussant leurs premiers jets, à côté du rivelet ombragé de saules, le long des courtils et des vergers où les poiriers se sont poudrés de leur neige odorante. Et dans le village, ces groupes de l’agreste terroir se confondent avec les hordes urbaines, braillant, vociférant, apportant dans la localité paisible les allures canailles, les bousculades tapageuses des impasses et des ruelles des quartiers pauvres. Cette houle humaine converge vers l’église déjà remplie dès l’aube par les pèlerins.

L’affluence repoussée de l’intérieur du sanctuaire déborde d’abord dans le cimetière s’étendant en terrasse à l’entour, puis sur les degrés qui y conduisent, puis sur le parvis où le ressac des allants se rencontre avec le remous des venants. Sur la foire, les marchands s’épou-