Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/57

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même comptoir se vendent des cierges, des prières, et cette petite bannière en papier triangulaire, commune par la forme à tous les pèlerinages célèbres, mais différant par le texte et le dessin. Ici, elle représente le pape martyr, invoqué par les malheureux. Sous cette composition naïve sont célébrés en français et en flamand les mérites du céleste guérisseur. Il faut voir comme cette pieuse boutique est achalandée le lundi de Pâques ; comme les humbles s’empressent de se faire inscrire dans les registres de la confrérie ; comme la monnaie de cuivre et d’argent est ramenée vers la caisse par des doigts aussi vigilants que le rateau d’un croupier.

Plus loin, au bas du chœur, devant le banc de communion, un second prêtre donnée à baiser une relique de saint Corneille renfermée dans une sorte de corne incrustée d’argent. La procession ne discontinue pas. Abîmées dans leur prostration extatique les vieilles femmes ne détachent pas les yeux de l’autel et les pas des étrangers, le bruit métallique des pièces battant le plateau ou s’engouffrant dans les troncs, les quintes de toux, les pleurs des petits convulsionnaires dont les faces rouges et poupardes alarment les pauvres mères, tout ce tumulte solennel et triste ne parvient pas à troubler les dévotes endurcies et momifiées. Parfois le clairon anormal d’un coq résonne sous la voûte même de l’église. Ce cocorico part d’un coin où l’on entasse les volailles vivantes, et jusqu’à des lapins et des chevreaux, que les pèlerins apportent en offrande à saint