Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/98

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brisèrent !… et, dans la chambre de la vieille, ce fut comme un rayon de soleil.

Alors la vieille sorcière alla trouver la comtesse Katinka, et lui avoua qu’elle ne pouvait filer l’or.

— Qu’à cela ne tienne, répondit la comtesse. Rends-moi les dix boisseaux d’or et prends en place ces dix boisseaux d’argent.

Mulgai n’avait pas filé la moitié de sa quenouille que le fil d’argent se prit à lui dire :

— Laisse-moi, Mulgai ! laisse-moi, car ma couleur est celle de Phœbé, de l’astre radieux qui écoute les serments des amants. Non, je ne puis servir à tisser le drap de la brune Edwige !… Laisse-moi, Mulgai, ma couleur est trop joyeuse !…

La sorcière ne voulut pas écouter ce que lui disait le fil d’argent,.. Alors, il se brisa…

Et, dans la chambre de la vieille, ce fut comme un grand rayon de lune…

Mulgai courut de nouveau prévenir la comtesse Katinka de ce qui lui advenait.

— Ah ! dit-elle, madame, il va certainement arriver un grand malheur à la princesse Edwige ! Je ne puis filer ni l’or ni l’argent.

— Qu’importe ! dit la comtesse, il ne faut pas être superstitieuse comme cela ! File du lin bien beau et bien blanc. Je lui en ferai tisser un drap qui fera rougir de honte la neige.

Or, comme la vieille filait le lin, celui-ci se prit à chanter, sous, ses doigts tremblants, le triste et cruel chant du De profundis !… Elle s’arrêta, frissonnante !…

— Prends-moi, lui dit le fil de lin, prends-moi, car la