Page:Anthologie japonaise, poésies anciennes et modernes.djvu/76

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
16
ANTHOLOGIE JAPONAISE.


O mon grand seigneur, maître du monde, le soir tu tournais tes regards vers les arbres aux feuilles rougissantes[1] de la colline des Esprits, et, dès le point du jour, tu les cherchais des yeux. Aujourd’hui (si tu vivais), tes yeux les chercheraient encore, demain tu les contemplerais encore !

(À mon tour) lorsque le soir arrive, je lève les yeux vers cette colline, et je suis remplie de tristesse. Solitaire, au point du jour, la manche de ma robe grossière (qu’ont mouillée mes larmes) n’a pu sécher un seul instant.


L’empereur dont il est ici question est le mikado Ten-bu Ten-ô, qui mourut le neuvième jour du neuvième mois de la première année de l’ère Siû-teô (686 de notre ère), dans le palais de Kyô-mi-bara-no Miya. L’épouse de ce prince, à qui l’on doit cette pièce de vers, était fille de l’empereur Ten-tsi Ten-ô. Après avoir participé au gouvernement du Japon pendant la vie de son mari, elle lui succéda à sa mort et régna sous le titre de Dzi-tô Ten-ô, de 690 à 6$6. Cette dernière année, elle abdiqua et reçut le nom honorifique de Taï~zyô Ten-ô « l’Auguste céleste très-élevé ».

L’empereur Ten-bou avait, de son vivant, désigné comme prince héréditaire Kusa-kabe-no O-zi, fils de cette princesse,

  1. En japonais : momidzi. — Le Dictionnaire japonais-russe de M. Gochkiewitch traduit ce mot par klene « érable ». C’est un arbre très-recherché des poëtes et des artistes japonais.