Page:Apollinaire - Les Onze mille verges, 1911.djvu/174

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
156
LES ONZE MILLE VERGES


ceptes de la religion chrétienne. Tenez, puisque vous vous intéressez à moi, je vais vous raconter mon histoire.

— Je le veux bien, dit Mony avec empressement, mais buvez auparavant cette citronnade pour vous rafraîchir le gosier.

Le capitaine Katache commença ainsi :

— Je suis né en 1874, à Archangel, et dès mon jeune âge, je ressentais une joie amère chaque fois que l’on me corrigeait. Tous les malheurs qui fondirent sur notre famille développèrent cette faculté de jouir de l’infortune et l’aiguisèrent.

Cela venait de trop de tendresse assurément. On assassina mon père, et je me souviens qu’ayant alors quinze ans, j’éprouvai à cause de ce trépas ma première jouissance. Le saisissement et l’effroi me firent éjaculer. Ma mère devint folle, et lorsque j’allais la visiter à l’asile, je me branlais en l’écoutant extravaguer d’une façon immonde, car elle se croyait changée en tinette, monsieur, et décrivait des culs imaginaires qui chiaient dans elle. Il fallut l’enfermer le jour qu’elle se figura que la fosse était pleine. Elle de-