Page:Arène - Friquettes et friquets, 1897.djvu/60

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
46
FRIQUETTES ET FRIQUETS

pressenti, comme disent les politiciens, par des émissaires arrivés d’au-delà les mers, Jules Gros songeait vaguement à faire le bonheur d’un certain nombre de territoires plus ou moins contestés ; et, préventivement coiffé d’un casque blanc qui, d’ailleurs, encadrait à ravir sa figure embuissonnée de patriarcal boucanier, il s’entraînait aux périlleux travaux de la colonisation en m’enseignant, pendant d’interminables promenades dans les forêts mystérieuses qui dominent Clamart et Meudon, les secrets de la chasse aux morilles et de la cueillette des cannes torses.

Rassuré par sa connaissance des lieux qui toujours nous conduisait à quelque fourré vierge de pas humains où les vrilles de chèvrefeuille s’enroulaient, les serrant d’une douce mais irrésistible étreinte, aux pousses de jeunes bouleaux, et par son flair subtil qui, à cent mètres, lui dénonçait entre deux ondées, sous un chaud rayon d’éclaircie, des tribus entières de morilles, juste en train de sortir de terre, encore encapuchonnées de mousse humide, moi, je me taillais bravement