Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/121

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Tandis que les grands propriétaires se faisaient admettre à l’assemblée nationale, des hommes de couleur qui se trouvaient en France, se constituèrent commissaires de leur classe, et essayèrent de s’y faire admettre aussi ; mais ils ne purent y réussir, les intrigues de leurs adversaires naturels les ayant fait écarter. Le préjugé les repoussa.

Parmi ces commissaires, on distinguait Julien Raymond qui, comme on l’a vu, demeurait à Paris depuis 1784, et Vincent Ogé qui s’était rendu en France au commencement de 1789. Ils s’étaient adjoint un blanc nommé Dejoly, avocat au conseil du roi, qui leur prêta toute l’assistance d’un esprit éclairé et d’un cœur généreux. Ils étaient encore soutenus des avis, des conseils de la société des Amis des noirs, formée à Paris depuis 1787 : ses principaux membres étaient Brissot, Grégoire, Clavière, Mirabeau, Lafayette, Pétion, Condorcet, Robespierre, etc.

Ces commissaires se présentèrent vainement au club Massiac, pour essayer de gagner les sympathies des grands planteurs et les porter, par la raison, par la justice, par la prudence enfin, à ne pas entraver leurs démarches.

Dans une des séances de ce club où ils furent admis, le 7 septembre 1789, Vincent Ogé, s’adressant à ces aristocrates, leur dit ces paroles :

« Ce mot de liberté qu’on ne prononce pas sans enthousiasme,… cette liberté, le plus grand, le premier des biens, est-elle faite pour tous les hommes ? Je le crois. Faut-il la donner à tous les hommes ? Je le crois encore. Mais comment faut-il la donner ? Quelles en doivent être les conditions ?… »