Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/124

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refusé de prêter le serment civique, auquel on avait ajouté la formule du respect envers les blancs. Le comte de Peinier, gouverneur général, fît marcher contre eux un détachement du régiment du Port-au-Prince, qui en arrêta plusieurs ; ils furent mis à bord des vaisseaux de l’État, ou emprisonnés. Dans presque toutes les autres localités, ce serment exigé des hommes de couleur leur attira des vexations, des outrages inouïs.

Cependant, quelques actes isolés vinrent révéler à ces dominateurs superbes, qu’il suffirait d’une volonté énergique de la part de cette classe, pour arrêter leurs brigandages.

À Plaisance, un mulâtre, nommé Atrel, fut le premier à faire résistance à une troupe de forcenés qui voulaient l’arrêter pendant la nuit ; il en blessa plusieurs, mais il fut tué. Son crime était d’être riche et d’avoir osé accepter une créance sur le président du comité de ce bourg.

Au Fond-Parisien, une nombreuse famille de mulâtres, les Desmares, les Poisson, les Renaud, propriétaires de belles habitations sucreries, fut contrainte aussi de résister aux vexations des blancs, à leur injustice ; mais après en avoir tué plusieurs et blessé d’autres, ces hommes résolus furent forcés de se réfugier dans la colonie espagnole. Les blancs incendièrent leurs habitations. Ils donnèrent ainsi le signal de la destruction des propriétés, leur haine les empêchant de prévoir qu’ils seraient bientôt imités dans cette aveugle fureur.

À la nouvelle de la résistance de ces mulâtres du Fond-Parisien, il ne fut question, à l’assemblée de Saint-Marc, que d’une proscription générale contre cette classe tout entière.