Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/159

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pas saisi, comme le sien, l’avenir de sa race infortunée sur cette terre, où tant de victimes devaient être immolées avant que les décrets de l’éternelle Providence fussent accomplis.

Mais, peut-être fallait-il ce sacrifice humain pour sceller ces décrets. Dans l’enfantement de leur liberté, les peuples ne peuvent se soustraire à la nécessité de verser du sang ; l’histoire de toutes les nations atteste cette vérité. Dans l’ordre des idées morales, la liberté est une religion politique qui veut des victimes pour s’asseoir et se développer. Le christianisme, qui a tant influé sur la liberté des hommes, a compté également de nombreux martyrs.


La chaleur et le dévouement que montrait Ogé, à Paris, pour la défense de la cause des hommes de couleur ; les menaces, peut-être imprudentes, que ce caractère ardent y faisait, de se rendre à Saint-Domingue pour faire un appel aux armes à sa classe, avalent porté les colons du club Massiac, dès le mois de février 1790, à avertir ceux de la colonie de ses projets, pour l’arrêter et le tuer. Le 12 avril suivant, le baron de Cambefort, qui a commandé les troupes vainqueurs de la petite armée d’Ogé, écrivit au commandant de Monte-Christ pour le prier de l’arrêter en cas qu’il y débarquât, et l’envoyer au Fort-Dauphin. Pareil avis, pareille réquisition furent adressés à tous les commandans des bourgades de la partie espagnole, sur les frontières, par d’autres autorités françaises. Elles les renouvelèrent aussitôt la prise d’armes de la Grande-Rivière et après la défaite d’Ogé. Le marquis de Rouvray, grand planteur de la paroisse du Trou, écrivit également à cet effet. Alors,