Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/164

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’humanité, sur le droit naturel et positif ; car les droits de ceux que l’on qualifiait de criminels reposaient sur des titres incontestables.

Mais, était-il capable d’apprécier ces hautes considérations, ce gouverneur qui eut la bassesse, en livrant ces infortunés, de témoigner le désir d’avoir la croix de Saint-Louis pour récompense ? L’infâme ! il osa la demander !

Et l’assemblée provinciale du Nord écrivit à cet effet, à l’assemblée nationale et à Louis XVI. Une décoration instituée pour être la récompense d’actions honorables, devint le prix du sang humain !

Et de tels hommes se croyaient autorisés à mépriser les nègres et les mulâtres !…


Le 5 janvier 1791, M. Desligneris adressa, du Cap, une lettre à Don Garcia où il lui annonça l’arrivée de la Favorite dans ce port, le 29 décembre 1790. Il y plaisanta du général Ogé qui était attendu, dit-il, comme les Juifs attendent le Messie. Il ajouta qu’il y avait près de trois cents complices dans les prisons, au nombre des quels se trouvaient quatre blancs sans aveu ou mésalliés ; et que leur affaire se poursuivait vigoureusement. Je crois, dit-il, qu’ils ne languiront pas longtemps.

En effet, livrés à leurs juges, au Conseil supérieur du Cap, ils subirent une instruction ténébreuse, en présence de commissaires nommés par l’assemblée provinciale, pour y assister et veiller à ce que les victimes ne pussent échapper. Cette précaution était inutile.

Ogé demanda vainement un défenseur : on le lui refusa. Cette demande était également inutile. Pouvait-il espérer qu’aucun blanc de la colonie de Saint-Domingue