Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/184

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doivent unir un jour les nègres et les mulâtres, l’intimité de leurs affections, fondée sur les liens du sang, de la parenté, du malheur de leur condition servile sous le joug des blancs.

N’en déplaise à la mémoire de l’abbé Maury ; mais son discours du 15 mai 1791 dictait d’avance à Dessalines la page mémorable du 1er janvier 1804, où ce Soldat valeureux (malheureusement cruel) a consacré les droits, a proclamé l’Indépendance, la Souveraineté des Indigènes d’Haïti, en faisant remarquer à ses concitoyens qu’ils n’ont rien de commun avec leurs adversaires qui se firent volontairement leurs ennemis. Ces insulaires dont l’Afrique est la véritable patrie, ces indigènes étrangers à la nation française, ces hommes qui ne lui sont unis par aucun nœud, ni par l’habitude du climat, ni par les liens du sang, ni par les relations du patriotisme, se sont vus dans l’impérieuse nécessité de se constituer seuls dans leur état politique, puisqu’on les a constamment repoussés avec dédain, avec mépris ; puisqu’on n’a pu se faire à l’idée d’être juste et humain envers eux ; puisque après avoir défendu la souveraineté de la France sur Saint-Domingue contre des puissances rivales, ils se sont encore vu traiter en étrangers, dignes seulement des fers honteux de l’esclavage.


Cependant, quoique le décret du 15 mai eût limité les prétentions de la classe des hommes de couleur ; quoique cet acte de justice incomplète fût de nature à mécontenter tous ceux qui n’étaient pas nés libres, ils l’acceptèrent avec reconnaissance : pas une plainte ne fut élevée de leurs rangs.

Mais, il n’en fut pas de même du côté des blancs : tous jurèrent de ne pas l’exécuter, de ne pas souffrir que cette race bâtarde vînt prendre siège à côté d’eux.