Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/239

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


que Blanchelande, incapable de maintenir son autorité dans l’Ouest et dans le Sud, où le système de l’assemblée de Saint-Marc dominait, voyant la nouvelle assemblée déserter Léogane pour établir son siège au Cap, ne se sentant pas la puissance nécessaire pour résister aux prétentions de ses membres, unis aux partisans qu’ils comptaient dans le Nord ; Blanchelande aura cru qu’en soulevant les esclaves, il pourrait les maîtriser, les diriger, et contenir la nouvelle assemblée par eux. S’il n’en était pas ainsi, pourquoi les esclaves et leurs chefs arborèrent-ils le drapeau et tous les insignes de la royauté ? Pourquoi manifestèrent-ils la plus grande déférence pour le gouverneur général et les autres officiers militaires attachés à sa cause ? Il est vrai que l’armée des hommes de couleur, dans l’Ouest, n’en témoignait pas moins pour ces représentans de l’autorité de la métropole, qu’elle marcha d’accord avec les contre-révolutionnaires de cette province, sans qu’on puisse dire cependant que ce sont ces contre-révolutionnaires qui l’ont organisée : car, dans les camps de l’Ouest le drapeau blanc ne flottait pas, la cocarde blanche ne remplaça pas la cocarde tricolore.

Quoi qu’il en soit, les esclaves profitèrent des dispositions de tous les partis à se servir d’eux comme des auxiliaires, des instrumens, et agirent sous cette impulsion, de manière à obtenir leur liberté par les armes, de même que les hommes de couleur pour parvenir à l’égalité civile et politique.

Si ces derniers employèrent les moyens que leur instruction et leur éducation prescrivaient à des hommes libres et propriétaires, les esclaves, privés de leur liberté naturelle, des avantages que donnent les lumiè-