Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/267

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Caradeux eurent soin d’y introduire suffisamment de membres de la municipalité et d’autres corps pour s’assurer une majorité dans le vote par assis et levé qu’ils proposèrent au comité. Bauvais et ses compagnons n’avaient pas eu le même soin : les hommes de couleur y étaient en nombre inférieur.

L’astucieux Leremboure, auquel on avait donné le sobriquet de Vieux Tigre, au dire de Sonthonax[1], à cause de sa méchanceté, fît la proposition, non plus de remettre les suisses à leurs maîtres ni aux tribunaux, mais de leur donner la liberté immédiatement, en les éloignant de Saint-Domingue, où leur présence serait toujours d’un effet dangereux, en les emmenant dans la baie et sur les côtes des Mosquitos [2] dont il vanta la fertilité, et leur procurant des instrumens aratoires et des vivres pour trois mois, en outre des grains et des semences, enfin tout ce qui serait nécessaire à l’établissement d’une colonie sur ces côtes.

Il est certain, d’après toutes les traditions, que Bauvais et Lambert chefs supérieurs de l’armée, adhérèrent à cette proposition qui passa à la majorité des voix. Il paraît que Pinchinat y donna également son assentiment, et bientôt nous dirons pourquoi nous pensons ainsi. Mais quant à Rigaud, Daguin, Pétion qui, quoique fort jeune alors (il avait vingt-un ans), était écouté dans les conseils, et quelques autres officiers de l’armée de couleur ; ceux-ci furent d’une opinion contraire et protestèrent énergiquement en faveur des malheureux suisses, dont le sort avait été déjà réglé à la Croix-des-Bouquets.

  1. Débats, tome 3, page 123.
  2. La baie des Mosquitos est située dans l’Etat actuel de Nicaragua. La ville de Saint-Jean de Nicaragua ou Grey-Town est au pouvoir de la Grande-Bretagne, à cause du protectorat qu’elle exerce sur le Roi des Mosquitos.