Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/274

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appèles. Admis dans ses rangs, ils étaient dès lors placés sous la sauvegarde des affranchis, leurs protecteurs naturels. Dictant la loi aux blancs par leurs succès, par leur nombre, par l’effet dès circonstances qui se passaient dans le Nord ; les contraignant aux concordats qui leur reconnaissaient, à tous sans distinction, la plénitude des droits politiques, les chefs de larmée devaient au moins maintenir à l’égard des suisses, la convention prise à la Croix-des-Bouquets et dont parle Hanus de Jumécourt. D’après ce dernier, ils exerçaient assez d’influence sur les ateliers pour avoir pu les retenir dans le devoir ; ils auraient donc pu, en stipulant l’affranchissement des suisses, se servir de ces mêmes auxiliaires pour continuer cette utile influence. Leur incorporation dans la maréchaussée en faisait nécessairement des agens de l’autorité à l’égard des ateliers. En outre, la révolte des noirs dans la province du Nord, les désastres qui s’en étaient suivis, auraient dû faire comprendre à ceux qui dirigeaient l’armée des hommes de couleur, qu’il serait impossible d’ajourner, de longtemps encore, l’affranchissement général des esclaves, et que toute idée d’affranchissement graduel devenait dès lors une de ces impossibilités que les circonstances proclament impérieusement. Mais, consentir à la déportation des suisses sur une plage éloignée, où ils devaient défricher la terre pour vivre, combattre les Indiens pour s’y maintenir ; les séparer de leurs femmes, de leurs enfans, de tous leurs parens ; les arracher d’un pays devenu leur patrie ; les livrer, enfin, à fa merci de leurs oppresseurs chargés de pourvoir à tous leurs besoins, ce fut une grande faute politique, un vrai crime dont l’histoire ne peut la-