Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/388

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En terminant ce chapitre, nous devons faire remarquer une vérité historique importante.

Si l’ancienne province du Sud a offert souvent le spectacle des agitations politiques, des mouvemens révolutionnaires (nous l’avons dit dans l’introduction), du moins les hommes qui composent sa population peuvent réclamer avec orgueil, que c’est de leur sein que jaillirent les premières étincelles de la liberté. En 1789, c’est parmi les esclaves noirs de cette province que se révéla d’abord le désir des masses de parvenir à la jouissance de ce droit sacré de l’humanité : il y eut des mouvemens séditieux parmi eux. En 1790, si les hommes de couleur du Nord se levèrent à la voix d’Ogé et de Chavanne pour combattre les colons, ce sont encore ceux du Sud qui, sous les ordres de Rigaud, remportèrent la première victoire contre leurs communs ennemis. En 1792, c’est également dans le Sud que sept cents esclaves noirs, parvenus à leur affranchissement par leur propre énergie et sous l’égide de Rigaud, annoncent en quelque sorte à cinq cent mille autres de leurs frères que la liberté ne peut tarder à les émanciper comme eux-mêmes.

Il y a donc dans l’esprit du Sud une puissance d’initiative incontestable. Notre devoir, comme historien, est de la signaler. Notre sentiment personnel, comme natif du Sud, nous porte à revendiquer aussi cet honneur. Mais, comme membre de l’État, de la grande famille haïtienne, nos vœux les plus ardents et les plus sincères sont : que le Sud apprenne à modérer sa vivacité et ses idées, afin de pouvoir contribuer au maintien de l’État dans l’union, dans son unité politique.