Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/57

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Donnons-leur de grands terrains, afin qu’ils aient l’ambition de les cultiver et d’en retirer du profit… Sous un bon maître, le nègre laborieux est plus heureux que ne l’est en France, le paysan qui travaille à la journée… N’allez point chercher en France un bonheur qui vous fuit, créoles voluptueux ! adoucissez le sort de vos esclaves, vous le trouverez dans vos demeures ; vous n’y verrez que des visages rians, le travail n’aura plus un aspect révoltant, il deviendra facile et même agréable…

» Le pays où règne l’esclavage est l’écueil de l’homme qui n’a que les apparences de la vertu. L’habitude de se faire obéir rend le maître fier, prompt, dur, colère, injuste, cruel, et lui fait insensiblement manquer à toutes les vertus morales. Cependant, s’il les oublie ; la crainte de ses propres esclaves le tourmente sans cesse ; il est seul au milieu de ses ennemis.

» Les nègres n’ont pas le caractère atroce que l’ignorance et la crainte leur ont attribué ; ils n’ont presque jamais porté sur leurs maîtres une main homicide, et c’est de nous qu’ils ont appris l’usage du poison. Cependant on brûle sans miséricorde, sans preuves, quelquefois même sans indices, tout nègre accusé de poison : la plupart des blancs ne vivent que dans la crainte ; ils sentent presque tous combien leurs esclaves sont en droit de les haïr, et se rendent justice ; le maître bienfaisant n’éprouve point de semblables terreurs, et ses esclaves sont ses amis

» On peut voyager nuit et jour, sans armes, dans toute la colonie ; on n’y rencontre pas de voleurs : les nègre marrons ne font de mal à personne.

» On peut juger, par la bonne conduite qu’ils tiennent dans l’état de liberté, de ce dont ils seraient capables étant bien dirigés…