Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/113

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n’avoir aucun ménagement, de punir de mort tous ces scélérats que le général en chef lui désigne sous la dénomination d’hommes de couleur ! Comme il a dû se réjouir encore, en voyant son chef, son précepteur dans le crime, compter sur son imperturbable sévérité ! En fallait-il davantage pour décider cet autre T. Louverture (qui n’a différé du premier que par la franchise de sa violence), à couvrir de cadavres les lieux confiés à son commandement ?

Dans tous les autres arrondissemens militaires, un pareil ordre fut donné et exécuté fidèlement.

C’est alors que périrent, dans le Nord, la plupart par la baïonnette, outre une infinité de mulâtres, tels que Bijou Moline (l’ancien ami de Henri Christophe), des noirs nouveaux libres, tels que Pierre Michel, Barthélémy, deux officiers qui s’étaient, des premiers, soumis à Polvérel et Sonthonax en 1793, qui furent constamment fidèles à T. Louverture, jusqu’au moment où ils le virent s’allier aux colons et aux émigrés ; Édouard Callot, Pierre Paul, anciens libres noirs, etc., etc.

L’emploi de l’horrible baïonnette, comme instrument de supplice, fut une invention des chefs de cette partie. Nous n’accusons pas le peuple qui gémissait de ces horreurs, mais ces chefs qui contraignaient le soldat à se servir de cette arme contre des victimes sans défense. On conçoit l’emploi de la baïonnette à la guerre, sur le champ de bataille où la fureur des combattans est égale ; mais on doit en flétrir l’usage dans les exécutions ordonnées par l’autorité ; car cet usage tend à exciter la férocité dans celui qui s’en sert ainsi.[1]

  1. Le 17 février 1807, Pétion, alors sénateur et général de division, adressa