Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/153

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La garnison entière l’accueillit avec allégresse : Gautier lui remit le commandement supérieur, et ordonna à tous les forts de faire une vive canonnade contre l’ennemi, pour saluer le nouveau chef, le brave artilleur qui arrivait dans la place : honneurs bien dus au dévouement généreux qui l’y portait !

Mais, dans quelle situation trouvait-il cette place ! Presque sans munitions, dépourvue de projectiles (on était obligé de recueillir les boulets de l’ennemi pour le canonner), éprouvant déjà la famine, ayant la moitié de la garnison tuée ou hors de combat. Pétion ne fut que plus porté à communiquer à ses compagnons, ce courage raisonné qui le distinguait. Voyant dans tous les blancs qui servaient dans l’administration, des hommes froids et sympathiques aux assiégeans, il les remercia de leurs services, et pourvut J.-C. Imbert seul de toute la besogne[1].

Il n’en était pas de même des officiers blancs qui servaient dans la légion : Voltaire, l’un d’eux, se distinguait parmi les autres, par une bravoure à toute épreuve. C’est que ceux-ci étaient des Français vraiment républicains ; ils avaient une haute estime pour le général Hédouville, ils respectaient sa décision à l’égard de Rigaud, en condamnant celle de Roume qu’ils jugeaient contraire aux intérêts de la France.

Les assiégeans n’avaient pas tardé à comprendre que Jacmel était commandé désormais par un officier expérimenté. De son côté, T. Louverture pressait Dessalines et les chefs qui le secondaient, de faire tous leurs efforts pour l’enlever. Diverses attaques furent tentées dans ce but, et échouèrent par l’habileté de Pétion à diriger la dé-

  1. Imbert devenu secrétaire d’état des finances, sous Pétion et Boyer.