Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/344

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se sert l’explique suffisamment ; mais sa phrase se prête à cette interprétation, pour les esprits qui jugent d’après ce proverbe qui excuse tous les forfaits : — qui veut la fin veut les moyens ; proverbe qui a heureusement pour correctif cet autre : telle vie telle fin.

Si les principes de la morale doivent céder à ce que certains hommes considèrent comme la perfection de la politique, rien de mieux : T. Louverture a eu raison de tuer. Mais alors, on a eu raison aussi de le faire mourir de faim ou de froid dans un cachot.

Qui donc, à Saint-Domingue, se montra plus Français que celui qui restaura tous les privilèges des colons de cette île ; qui les rappela de tous côtés pour les remettre en possession de leurs biens ; qui contraignit les noirs cultivateurs, par la verge et le bâton à rentrer sur ces biens, et à travailler pour leurs anciens maîtres ; qui convia les Français avenir d’Europe, pour former de nouveaux établissemens dans la plaine de la Véga-Réal et dans toute la partie de l’Est, en même temps qu’il entravait toute acquisition de terres de la part des noirs ? Dans sa proclamation du 5 février, qui convoqua une assemblée centrale, T. Louverture n’avait-il pas fait pressentir la constitution coloniale qu’elle allait donner, et les lois qui seraient plus propres à attacher Saint-Domingue à la République française ? Nous verrons bientôt cette constitution et ces lois, et notre tâche sera de découvrir si ses promesses ne sont pas réalisées au profit de la France. Si le Premier Consul crut devoir renverser T. Louverture, en partie pour ces actes, les regrets exprimés tardivement à Sainte-Hélène sont la démonstration la plus frappante de ce que nous venons de dire : autrement, ils n’auraient aucune signification.