Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/413

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voulez être juge, et vous ne savez pas le latin ?… Après avoir fait dans les petits cercles la tournée de la grande salle, Toussaint Louverture faisait introduire dans une pièce qui précédait sa chambre à coucher, et qui lui servait de bureau, les personnes avec lesquelles il voulait passer la soirée. Le plus grand nombre de ces personnes était toujours les principaux blancs du pays… Pour captiver les anciens maîtres, il flattait leur vanité particulière (ils le lui rendaient) et tous les intérêts propriétaires ; il les secourait de son crédit moral sur les noirs.

« Les soldats le regardaient comme un être extraordinaire, et les cultivateurs se prosternaient devant lui comme devant une divinité. Tous ses généraux tremblaient à son aspect ; Dessalines n’osait pas le regarder en face… Jamais armée européenne n’a été soumise à une discipline plus sévère que celle qui était observée par les troupes de Toussaint Louverture. Chaque grade y commandait le pistolet à la main, et avait droit de vie et de mort sur ses subalternes. Le système de fermage avait assuré le bien-être des officiers-généraux et supérieurs ; c’était avec des paroles qu’on maintenait les officiers subalternes et les soldats dans une obéissance qui différait peu de celle de l’esclavage. On leur disait qu’ils étaient libres et ils le croyaient, parce qu’une suite d’insinuations adroites les plaçait au dessus des cultivateurs, et qu’un soldat avait toujours raison lorsqu’il se plaignait d’un noir qui n’était pas soldat… »

En voilà assez, sans doute, pour faire juger des sentimens et du système de gouvernement de T. Louverture, si favorable aux blancs colons, si contraire aux vrais intérêts des noirs et des hommes de couleur. Et comment la faction coloniale se conduisit elle envers lui ? Que faisait