Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/442

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les règles de la justice, agi loyalement ; de quelle manière il a respecté l’institution du mariage (suivant le témoignage de Pamphile de Lacroix), alors il ne paraîtra plus qu’avec son hypocrisie, traçant à ses subordonnés et aux citoyens en général, des préceptes qu’il était loin de suivre lui-même ; et l’on dira de lui ce qu’il a dit de Moïse :

« Lorsqu’un homme brave la Providence, il doit s’attendre à une fin terrible. La justice du ciel est lente, mais elle est infaillible, et tôt ou tard elle frappe les méchans et les écrase comme la foudre. T. Louverture a péri misérablement. »

Non ! il n’éprouva aucun remords, aucun regret du triste sort qu’il fît subir à Moïse ; cette proclamation témoigne de la dureté de son cœur. Pour justifier ce crime politique, il accusa son neveu des plus viles passions ; pour légitimer les affreuses exécutions commises sur les cultivateurs et motiver de nouvelles rigueurs contre eux, il les accabla de reproches : personne ne fut exempté de ses menaces.

Une singulière disposition se trouve dans cette proclamation : c’est celle qui conserva à Dessalines son grade de général de division, comme si le grade, une fois acquis, ne devenait pas la propriété du militaire, qu’il ne peut perdre que par un jugement d’un tribunal compétent et d’après les lois[1] ; c’est la déclaration faite à tous ses généraux, qu’aucun d’eux ne devait plus prétendre au même grade, à moins d’ordres ultérieurs du gouvernement français. Le malheureux ! dans l’aveuglement de son despotisme, il préparait lui-même leur défection à l’armée fran-

  1. Le gradé du militaire est distinct de l’emploi qu’il reçoit du gouvernement. Il ne peut perdre le grade que par jugement d’un tribunal ; mais le gouvernement peut le destituer de son emploi, le lui retirer ou ne pas l’employer du tout.