Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/479

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Domingue, afin de justifier l’expédition de 1802[1]. Ce sont sans doute ces accusations multipliées qui ont porté M. Madiou à admettre l’assertion de Pamphile de Lacroix, et à ajouter, comme motif de cette convention, que — « T. Louverture s’était déterminé à hâter l’exécution de son projet d’indépendance. » Cette affirmation de sa part n’est pas plus fondée en cette circonstance, que dans les autres, où il a attribué ce projet à T. Louverture.

M. Thiers, de son côté, affirme que : « Les Anglais furent inquiets de l’expédition. On eut quelque peine à les rassurer, bien qu’en réalité ils désirassent l’expédition, par rapport à leurs colonies : la liberté des noirs les effrayait. Ils souhaitaient donc le succès de notre entreprise. Ils promirent même de mettre toutes les ressources de la Jamaïque, en vivres et munitions, à la disposition de l’armée française, moyennant, bien entendu, le paiement de ce qui serait fourni[2]. »

La promesse d’un tel concours de la part du gouvernement anglais ne doit pas étonner, et elle prouve encore qu’il était dans le secret du but réel de l’expédition — le rétablissement de l’esclavage après la conquête. Les Anglais l’avaient rétabli à Saint-Domingue durant leur occupation ; ils le savaient rétabli de fait par T. Louverture avec le mot de liberté ; et à cette époque, ils étaient bien éloignés de vouloir l’émancipation des noirs. Que leur im-

  1. T. Louverture a déclaré au général Cafarelli, qu’il avait d’abord envoyé Bunel à la Jamaïque, pour réclamer ses navires de guerre capturés à la fin de 1799 ; et qu’ensuite, il l’envoya pour obtenir que les Anglais étendissent à la partie espagnole, la permission qu’ils accordèrent pour la navigation autour de la partie française ; que Bunel revint peu avant l’arrivée de l’expédition française. Il a déclaré aussi avoir acheté des États-Unis, 10 mille fusils, 16 canons de 4 et peu de poudre. En envoyant Bunel à la Jamaïque, en dernier lieu, ce n’était donc pas pour faire la convention dont parle Pamphile de Lacroix.
  2. Histoire du consulat, t 3.