Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/265

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Le fait est, que la plupart des grandes sucreries affermées à l’empereur, à ses ministres, aux généraux, ayant de ces établissemens, l’arrêté du 22 décembre 1804 avait défendu « aux particuliers qui n’étaient pas fermiers de l’État, d’en restaurer ou établir de nouveaux, » pour ne pas faire concurrence à tous ces grands de l’empire, dans la vente du tafia. Voilà le vrai motif de cet arrêté. Le décret vint ajouter à cette injustice, en ordonnant la démolition des guildives rétablies malgré la défense faite. On avait enfreint l’arrêté, parce que les permissions émanées de l’empereur ou du ministre des finances constituaient des privilèges, qui s’obtenaient en donnant de l’argent à leurs secrétaires ; il ajouta encore en ordonnant la confiscation de ces propriétés particulières qui n’auraient pas été détruites dans le mois accordé pour tout délai, et des poursuites rigoureuses contre les retardataires.

Ce décret était donc une iniquité, propre seulement à soulever les esprits contre le gouvernement, surtout dans le Sud où l’on était peut-être plus en dérogation avec l’arrêté, où le décret fut mieux exécuté, comme on le verra bientôt.

La population de ce département se trouvait ainsi disposée à la révolte méditée, quand Geffrard tomba malade et mourut aux Cayes, le 31 mai. On soupçonna assez généralement qu’il mourut empoisonné par des ordres secrets de Dessalines, tant les préventions populaires sont promptes à attribuer le mal aux chefs qui sont détestés. L’irritation s’accrut par cette erreur, parce que Geffrard fut universellement regretté, parce qu’on fondait sur lui l’espoir d’une résistance à laquelle on se préparait.