Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/286

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biteurs qui ne payaient pas ; le magasin des domaines sans denrées, etc., il devait remplir son devoir en signalant ces faits à l’empereur, en faisant payer les débiteurs, en contraignant les fermiers de l’Etat à verser les denrées au magasin. Mais, c’était pour fournir aux dépenses scandaleuses de la maîtresse de l’empereur. Elle dévorait mille gourdes par jour depuis son arrivée aux Cayes : il réduisit ce scandale à huit cents gourdes par mois.[1]

La constitution impériale accordait un traitement fixe à l’impératrice, mais non pas aux concubines de l’empereur. Quand cet état de choses immoral subsistait avant et depuis son arrivée aux Cayes, et qu’on savait qu’il en était de même partout, on conçoit que les comptables se croyaient autorisés eux-mêmes à ne pas montrer de la probité dans la gestion des finances, que c’était un sauvequi peut pour chacun dans sa sphère d’action. Et l’empereur qui se fît donner par Inginac mille doublons, (seize mille piastres)[2] sur la vente opérée de 500 mille livres de café rentrées au magasin de l’Etat, faisait-il bien de s’approprier ainsi les fonds publics, alors qu’il avait de nombreuses habitations à ferme dont il ne payait pas le fermage au domaine, alors que les troupes n’étaient ni soldées, ni habillées ?

Si Inginac dut se montrer sévère envers les comptables publics, envers les fermiers de l’État, il n’y avait pas de motif pour qu’il ne le fût pas aussi envers les commerçans, nationaux et étrangers, dont la rapacité frustrait les droits dus au fisc, en complicité avec les comptables. Boisrond Canal était directeur de la douane ; il fut remplacé comme

  1. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 285. — « Dans chaque grande ville, les maîtresses de l’empereur coûtaient presque autant à l’Etat. »
  2. Ibid., ibid.