Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/12

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les enfans, afin que cette classe disparût entièrement de la surface du Royaume. Et cet avis prévalut ! à la honte des autres membres du conseil privé, aussi lâches que pervers.

Néanmoins, il faut reconnaître que la terreur qu’exerçait Christophe était telle, et la servilité qu’il exigeait de ses subordonnés était arrivée à un si haut degré, la postérité impartiale doit attribuer surtout à sa férocité naturelle, ce plan affreux de destruction d’êtres humains, innocens des faits qu’il reprochait à Eutrope Bellarmin et au colonel Marc Servant. En 1799 et 1800, Christophe avait si bien secondé Toussaint Louverture dans les assassinats ordonnés par ce dernier ; sous les gouvernemens postérieurs et depuis le sien propre, il avait montré si souvent une cruauté inexorable, qu’on doit penser qu’il n’avait pas besoin de conseils pour commettre les crimes qu’il ordonna en 1812, et que l’avis qu’il réclama en cette circonstance n’était plutôt qu’un avertissement donné à ceux dont il voulait faire les serviles exécuteurs de sa volonté sanguinaire.

Sans doute, l’histoire peut constater qu’en tout temps et en tous pays, lorsque de pareilles occasions se présentent, les chefs qui conçoivent de tels desseins trouvent toujours parmi leurs subordonnés des êtres assez dégradés, assez lâches pour y applaudir et les exécuter ; mais on ne doit pas oublier que de tels chefs n’arrivent à ce résultat, qu’après avoir avili les âmes par un système de terreur qui fait courber les fronts devant leurs exigences capricieuses, — à moins cependant que ce ne soit à l’une de ces époques où les passions surexcitent la colère, et font naître la soif d’une vengeance aveugle dans le cœur de tout un peuple.