Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/426

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Le président accueillit ces concitoyens avec cette urbanité qui le distinguait, et reçut le mémoire auquel il promit de porter toute son attention. Mais, après l’avoir examiné, il se borna à adresser au grand juge, le 11 avril, une lettre pour lui ordonner d’appeler la surveillance sévère du ministère public, sur les opérations des encanteurs dont les commerçans nationaux se plaignaient, parce qu’en recevant des marchandises des négocians étrangers surtout, ils les vendaient le plus souvent, non à l’encan public, mais en gros et au détail : ce qui nuisait réellement aux nationaux payant patentes pour ce genre de débit. Au fait, les commerçans étrangers se servaient des encanteurs pour éluder les lois qui restreignaient leur trafic. La lettre du président apprécia fort bien cet état de choses, et reconnut la nécessité de protéger les nationaux ; mais elle fut équitable aussi, en déniant aux encanteurs la faculté de vendre pour eux, autrement qu’ils ne le pouvaient eux-mêmes, d’après la loi sur les patentes. Elle posa les règles qui devaient guider les encanteurs dans l’exercice de leurs fonctions, en enjoignant au ministère public de poursuivre les délinquans pardevant les tribunaux ; et ces dispositions durent leur être également signifiées par le grand juge.

C’était de ce juste motif de plainte, que les commerçans nationaux avaient pris leur point de départ, pour réclamer d’autres privilèges en leur faveur ; et le commerce ayant des relations naturelles avec l’agriculture, ils en étaient arrivés à formuler leurs idées sur la manière dont ces deux industries devaient être réglementées législativement, selon eux. Mais le gouvernement avait le droit de penser différemment, ou tout au moins, d’exa-