Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 9.djvu/109

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d’un patriotisme pointilleux et décevant ; car l’origine espagnole, commune aux habitans de l’Est d’Haïti et à ceux de la Côte-Ferme, ne suffisait pas pour la justifier. La Colombie était trop éloignée pour qu’ils se confédérassent jamais : les alliés naturels de l’Est étaient les Haïtiens dont le sang africain circule également dans les veines de ses habitans. Aussi, la grande majorité parmi eux, formant le vrai peuple, ne partagea pas la manière de voir du juez de lettras, qui n’eut autour de lui qu’une faible minorité.

Dans cette situation, le 15 novembre un brigantin américain entra dans le port du Cap-Haïtien, venant de Monte-Christ et ayant à son bord l’administrateur financier de cette petite ville, le capitaine de la garde nationale, la famille du commandant de la place et environ 80 autres femmes ou enfans. Ils déclarèrent qu’ils avaient quitté Monte-Christ, à l’approche de bandes d’insurgés qui venaient pour s’en emparer après avoir proclamé une « République dominicaine. » Mais quatre jours ensuite, le 18, le général Magny reçut une dépêche apportée par trois députés de Monte-Christ et signée du commandant de ce lieu, nommé Diego Polanco, qui l’informait que les habitans avaient arboré le pavillon haïtien, en lui demandant sa protection et le priant de faire connaître l’intention du gouvernement à ce sujet : la dépèche portait la date du 15 novembre. En même temps, Magny en recevait une autre de la même date, signée du commandant Andres Amarante et de quatre habitans de Laxavon, qui lui annonçaient que le pavillon haïtien avait été arboré aussi dans ce bourg, en lui demandant des munitions de guerre afin de pouvoir soutenir leur réunion à la République, si l’on tentait de l’attaquer[1]. Il paraît que dans le mouvement de

  1. Ces faits sont rapportés d’après le nº 28 de la Concorde du 18 novembre, et les dé-