Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 9.djvu/351

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Mackau et l’émut fort souvent dans le cours de cet entretien qui dura jusqu’à minuit[1].

Car, le Président ne se borna pas à discuter les termes, et les dispositions de l’ordonnance : il exposa la situation malheureuse et dégradante où le système colonial avait tenu les hommes de la race noire pendant des siècles, avant la révolution française ; il parla des phases diverses de celle de Saint-Domingue qui avait favorisé la conquête de leur liberté ; de la justice de la France qui avait enfin reconnu et proclamé leurs droits en dépit des résistances persévérantes des colons ; de la réaction survenue ensuite par l’influence pernicieuse de ces derniers, et qui occasionna une fatale guerre civile dans le pays, puis la formidable expédition de 1802, dont le but était de rétablir l’esclavage ; de la nécessité où les Haïtiens se trouvèrent de résister à la violence, et qui leur fit sentir l’obligation de se rendre indépendans de la France et de toutes autres puissances, pour se conserver et rester libres ; des premières missions envoyées à Haïti par le gouvernement actuel de la France, dans lesquelles son prédécesseur prit l’initiative de l’offre d’une indemnité en faveur des colons, offre que lui-même renouvela dès 1821, afin de prouver à la France, par cette transaction politique, que le peuple

  1. Ce que je dis de cet entretien et de celui qui le suivit résulte de la lecture que j’ai faite du rapport de M. de Mackau au ministre de la marine, à son retour en France. C’est en y allant moi-même en mission, après les traités de 1838, sur la frégate la Néréide, que le brave amiral Baudin me donna communication de ce rapport. M. de Mackau y rendit pleine justice aux sentimens de Boyer ; il dit au ministre qu’il resta persuadé que toutes les objections faites contre l’ordonnance par les commissaires leur avaient été inspirées par le Président, tant celui-ci les développa avec talent, dans un langage élevé ; que Boyer fut réellement eloquent en parlant de son pays ; que lui-même se sentit ému à l’expression des sentimens de ce chef d’État qui voyait le sort de son pays dans ses mains, dépendant de la résolution qu’il allait prendre à l’égard de l’ordonnance ; que c’est alors qu’il offrit de rester en otage à Haïti, offre qui détermina Boyer. En France, le ministère ne fit pas publier ce rapport on son entier, parce que ces particularités et quelques autres sur la situation d’Haïti ne devaient pas voir le jour.