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PENSÉE FRANÇAISE

tion aussi flagrante et aussi délibérée d’un droit supposé garanti par la constitution. Le cabinet fédéral, où figuraient encore quelques-uns des auteurs de la Confédération, et qui par un reste de décence hésitait à rompre définitivement avec la tradition Macdonald-Cartier, s’émut. Il voulut gagner du temps, consulta les tribunaux sur un texte qui à tout homme de bonne foi paraissait pourtant suffisamment clair. Les tribunaux ayant reconnu le bon droit des catholiques, après des années d’atermoiements il se résolut à agir. Une scission se produisit parmi les ministres. M. Laurier aurait pu, en se rangeant du côté du droit, en assurer le triomphe et par là même contribuer à ramener l’autorité fédérale dans la voie d’où elle tendait depuis longtemps à s’écarter. Mais l’occasion était trop belle de saisir le pouvoir ; ce fut lui au contraire qui le premier partit en guerre ouverte pour le gouvernement spoliateur, au cri de Hands off Manitoba ! — « Ne touchez pas au Manitoba ! » Le premier dans cette crise — et le premier depuis 1867 à l’exception de quelques forcenés que tous les partis avaient constamment tenus à distance, il posa en principe l’absolue souveraineté des provinces en matière d’enseignement. Tout ce que le Canada comptait d’éléments anti-catholiques et antifrançais fit bloc autour de lui. Il eut également pour lui, en majorité, le vote de sa province, séduite par la perspective de voir un Canadien-Français à la tête du pays. Dans le Québec, le sentiment national, encore tout exalté du souvenir de 1887 (exécution de Louis Riel, chef de l’insurrection métisse, dans des conditions odieuses), passa outre aux avis et aux menaces de l’épiscopat, malgré le caractère profondément catholique de la population. Arrivé au pouvoir, M. Laurier conclut de gré à gré avec le gouvernement manitobain un arrangement dont Rome se déclara plus ou moins satisfaite.