Page:Asselin - Pensée française, pages choisies, 1937.djvu/115

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
119
DE NOS BESOINS INTELLECTUELS

nous pas, d’un autre côté, négligé des forces de réaction qu’il ne tenait qu’à nous de mettre en œuvre ? N’avons-nous pas délibérément ou inconsciemment prêté les mains aux influences de démoralisation intellectuelle ?

Nous entrons ici sur un terrain épineux. Il nous faut mettre en cause des institutions publiques et privées, voire des particuliers, que chacun de nous connaît, dont l’existence même se mêle intimement à la nôtre et que chacun d’entre vous reconnaîtra, quelque précaution que l’on prenne pour voiler leur identité. Ce sujet, l’amour même que nous portons à la langue et à l’idée française nous inspirera les moyens de le traiter avec l’objectivité et la modération nécessaires, en évitant les réflexions sarcastiques auxquelles il prêterait à coup sûr s’il n’était l’un de ceux qui touchent de plus près aux destinées du Canada français.

Nous venons de voir que la langue s’est corrompue indifféremment dans les milieux commerciaux — qui dans les villes englobent la plus grande partie de la classe bourgeoise, — et dans celle de nos professions qui, le clergé à part, a exercé jusqu’ici la plus grande influence sociale. Et nous avons constaté en même temps que la contagion n’épargne plus la province. Il serait vraiment trop simple de ramener à une cause unique un état de choses qui s’est créé lentement au cours d’un siècle. Il y a cependant des causes qui ont agi plus que d’autres, et nous essaierons d’en démêler quelques-unes.

Nous avons par exemple à Montréal des écoles qui à tort ou à raison visent à donner tout ensemble l’enseignement commercial et l’enseignement secondaire moderne — qui en tout cas préparent à la fois au commerce ou à l’étude du génie. Dans un tel programme les humanités sont forcément condamnées à la portion congrue, tandis