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PENSÉE FRANÇAISE

quées en séries chez Ford. Dans ces cerveaux enclos, aucun rayon de vie française n’a jamais pénétré ; pour les arracher aux limbes éternelles, ce ne serait pas trop que d’amener sur nos bords en le désorbitant, le soleil même de la France : Mesdames et Messieurs, je vous le demande loyalement, sans la moindre intention d’ironie, est-ce l’Almanach de langue française qui les éclairera ? C’est quand on voit l’abîme qui se creuse de plus en plus chez nous entre la masse — surtout celles des villes — et les rares flamines de l’Intelligence, c’est alors qu’emportés par une sainte folie on est tenté de s’en aller comme le prophète par les rues de la ville en criant : La Cité va périr ! la Cité va périr !

S’il y a à propos de culture une vérité d’expérience, n’est-ce pas ceci, que plus elle est profonde, plus grande est sa force de rayonnement, sa puissance d’action ? Dans cette Université vers laquelle se tournent à l’heure actuelle tous les regards, quelles sont, à tout prendre, les écoles ou les facultés qui donnent aujourd’hui les plus belles espérances, sinon celles où agissent, comme un ferment de vie, les plus récents procédés de culture française ? C’est le levain de la culture française qui est en voie de rénover à Montréal l’enseignement supérieur. Le jour où, dans l’enseignement à tous ses degrés, dans les services publics, dans l’industrie, dans la finance, dans le commerce, — et dans le journalisme, — tous les postes de commandement ou de direction seront occupés par des hommes qui auront respiré la véritable atmosphère française, auront, en quelque sorte, couché quelque temps au grand air et ne pourront plus vivre dans un air vicié, les fenêtres s’ouvriront toutes grandes et la pensée française, claire, synthétique, rayonnante, conquérante, entrera dans la maison