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PRÉFACE

siècle et commencement du xixe) qui pour la poésie fut bien la plus pauvre de toute la littérature française, on ne relit pas sans intérêt, voire sans plaisir, le Petit Bonhomme de Joseph Quesnel, certaines chansons, surtout patriotiques, de Morin, de Mondelet, de Napoléon Aubin, certains vers épiques de François-Xavier Garneau. Mais outre que deux des principales figures du groupe, Quesnel et Aubin, sont, comme Mermet, nées à l’étranger, pourquoi ne pas reconnaître qu’à tout prendre il serait difficile de trouver, aux époques de civilisation, un nombre égal de rimeurs ayant livré à la publicité, dans un nombre d’années égal, un nombre égal de vers illisibles ?

Avec Chauveau, Fiset, Crémazie, Fréchette, Alfred Garneau, Napoléon Legendre, Pamphile Lemay, la seconde période est en progrès sur la précédente. Toutes proportions gardées, ceux-là sont à Bibaud et à Viger comme Hugo, Lamartine et Musset à Le Franc de Pompignan, à l’abbé Delille, aux bardes ampoulés de la Révolution et aux poètes officiels du Premier Empire. Il sera beaucoup pardonné à Crémazie, à Fréchette, à Lemay, parce qu’ils ont eu du souffle. Et loin de nous de prétendre que Tonkourou de Pamphile Lemay ne soit pas en soi une œuvre intéressante, que le Mississipi de Fréchette et certaines pièces de Beauchemin ou d’Alfred Garneau vaillent par leurs proportions seulement. Mais il aura manqué à cette génération, pour marquer ailleurs qu’au Canada ou devant les jurys académiques français appelés à juger la poésie estimable, l’originalité de la pensée, l’intensité du sentiment, la souplesse et la variété du rythme, la richesse du vocabulaire, l’aptitude à traiter tous les sujets avec un bonheur au moins relatif. Ne craignons pas de le dire, la poésie canadienne d’aujourd’hui vaut mieux.

Fournier songea d’abord à faire figurer dans son Anthologie tous ceux que la critique avait à tort