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L’ŒUVRE DE L’ABBÉ GROULX

mouvement, élit de s’appeler désormais de son deuxième prénom : André.

Ce n’est pas la première fois que le devoir domestique aura été, dans la littérature, mis aux prises avec un devoir coexistant : patriotique, social ou religieux. Même s’il était vrai que l’Appel de la race nous propose de mettre, dans certaines circonstances, la patrie ou la religion au-dessus des affections domestiques, M. l’abbé Groulx ne ferait que suivre l’exemple de Corneille au théâtre et de Mgr Benson dans le roman. Et ce sont là, on l’admettra, des noms qui jouissent d’une certaine autorité. Alors, quels reproches fait-on à notre auteur ?

J’en relèverai quelques-uns dans deux articles de MM. René du Roure et Louvigny de Montigny, parus à la Revue moderne, et un article de l’abbé Camille Roy, publié dans le Canada français, de Québec.

D’abord, l’Appel de la race serait une violation de la vie privée. L’histoire de Lantagnac correspondrait point par point à celle d’un homme politique de chair et d’os, que cet étalage de ses affaires domestiques aurait justement exaspéré. M. du Roure, comparant le personnage fictif avec le personnage réel, parle de celui-ci avec des airs entendus, comme s’il l’avait vu élever. M. de Montigny non seulement connaît l’état civil du vrai Lantagnac, mais il nous indique son adresse domiciliaire, le lieu de ses villégiatures, ses attaches mondaines ; pour un peu, il écrirait son nom en toutes lettres. Moi qui connais le personnel politique tout aussi bien que ces messieurs, et peut-être un peu mieux, ces indications ne me semblent pas péremptoires. Flair de concierges, zèle de barbiers-coiffeurs ! Parmi les députés et sénateurs canadiens-français de 1916, on en compterait certainement plusieurs qui avaient épousé des Anglaises. Lantagnac est avocat comme les trois quarts de nos