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PENSÉE FRANÇAISE

cès en impose au commun des hommes, combien, au contraire, la seule séduction d’un cœur droit est lente à agir sur leurs âmes bornées. Vous comprendrez les tyrannies morales — je veux dire immorales — exercées par des hommes qui entrèrent dans la vie comme les anciens entraient dans la mort : en glissant une pièce d’argent au bateleur. Vous comprendrez le prestige odieux et éternel de l’homme à cheval, — à cheval sur un cheval ou à cheval sur un sac d’écus. Vous les piétons, vous les petites gens qui prétendez à votre part de chaussée, vous vous joindrez à nous pour que le jugement du magistrat montréalais qui envoie les écraseurs en prison, s’applique également dans l’ordre social. Et je ne doute pas qu’en travaillant bien, nous y arrivions, car le cœur humain est comme les caveaux : les reptiles en sortent dès qu’on y fait pénétrer la lumière. En attendant, nous resterons ici. Nous nous battrons derrière le rideau, et la salle qui ne verra pas nos visages amaigris et nos ventres creux, la salle qui entendra fuser, entre des larmes refoulées, notre rire clair de Cadets de Gascogne, la salle, la pauvre salle des hommes naïfs et moutons de Panurge, nous soutiendra de ses sympathies et de ses bravos.

Nous avons voulu symboliser aussi, par notre choix, le recueillement dans lequel doivent s’élaborer les tâches ardues.

En lisant le Nationaliste le dimanche, — car votre démarche d’aujourd’hui me prouve que vous le lisez, — vous songez peut-être comme il doit être facile de laisser ainsi sa plume courir sus à tous les abus et comme il est étrange que notre petite bande, fuyant le monde extérieur, ait établi dans la presse canadienne-française une sorte de chouannerie. Mes jeunes amis, ce qui vous arrive de nous chaque semaine, ce n’est pas la substance de notre âme ni la fleur de nos facultés, c’est l’instinctif éclat de rire devant la sottise, l’irrépressi-