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PENSÉE FRANÇAISE

naturel des choses, venir de France, la pensée française est chose dangereuse, et il ne faut pas de la pensée française. Que les Hanotaux, les Bazin et les Lamy ne s’y trompent pas ; qu’ils ne se laissent pas leurrer par des salamalecs de protocole ; il existe à l’endroit de la France, dans certains milieux canadiens-français, une méfiance haineuse qui n’est pas près de disparaître. M. de Mun prend part à un banquet de la Revue Hebdomadaire avec M. Barthou, Paul Adam et vingt autres hommes politiques et écrivains libre-penseurs, et il est fier d’eux, et ils sont fiers de lui, et il les applaudit, et ils l’applaudissent, parce que, malgré leurs divisions religieuses, ils ont une manière commune de sentir, de penser, d’aimer, de haïr, de parler, de juger, — manière qui est par elle-même la fleur suprême du cœur et le grand œuvre du génie humain. Hanotaux, Barthou, Lamy, Bazin, acceptent avec joie la mission de venir ensemble nous apporter quelques échos du génie français : ceux-là libres-penseurs et ceux-ci catholiques, ils ont, avec des opinions et des attaches religieuses ou philosophiques diverses, un amour commun, celui du verbe français, de la pensée française. Pour un certain nombre de nos compatriotes, le génie français n’a pas de beauté par lui-même et n’est admirable qu’autant qu’il se conforme avec l’idée catholique ; comme fait purement intellectuel, il leur est indifférent, ou même odieux.

De là ce spectacle douloureux et grotesque à la fois que pendant que, tout en servant incidemment, et avec joie, la cause de l’enseignement catholique, nous luttions de notre mieux pour la langue, pour l’esprit français, des journalistes qui par leur lourdeur d’esprit, leur manie de distinguer où ils ne savent même pas définir, n’ont presque plus rien de français et sont comme un exemple de ce que devient une race en reniant ses origines — épais Béotiens comme il s’en trouve dans les po-