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PENSÉE FRANÇAISE

gieuse — n’est pas comparable à celle de l’église ou du foyer. Bornons-nous, si on le veut, aux enseignements secondaire et supérieur.

Pour ce qui est de notre enseignement secondaire, quelque progrès qu’un homme d’âge mûr y constate en causant avec les écoliers d’aujourd’hui, il suffirait, pour en apprécier la valeur, de faire observer que tous les professeurs qui se sont succédé à la chaire de littérature de l’Université Laval à Montréal étaient en France simples professeurs de lycées, c’est-à-dire de collèges classiques. Bien plus, et même en classant séparément un tout petit nombre de maisons placées dans ces conditions exceptionnelles, on ne voit pas que cet enseignement puisse jamais sortir de la médiocrité tant qu’il n’y aura pas d’école normale supérieure pour la formation du personnel enseignant, et tant que, les « collèges » étant avant tout des petits séminaires, le recrutement du personnel enseignant sera subordonné aux exigences du ministère ecclésiastique.

C’est surtout par notre enseignement supérieur que nous pourrions espérer nous révéler un jour comme force intellectuelle. Quand les plus célèbres universités américaines ou anglaises viennent chercher des professeurs au McGill’s — comme cela s’est vu cinq ou six fois depuis quinze ans — ou qu’un ancien professeur du McGill’s, encore lié de très près à cette maison, reçoit le prix Nobel pour des découvertes scientifiques, nous n’avons pas besoin d’en savoir plus long pour conclure que le Canada anglais commence à compter dans le mouvement intellectuel universel. De même est-il à présumer que si, une fois tous les dix ou vingt ans, les travaux d’un professeur de Laval étaient couronnés par une Académie de réputation mondiale, M. Hocken lui-même attacherait peut-être une moindre signification au fait que nous rétribuons plus mal que nos servantes les institutrices