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LE VOTE DES FEMMES

En France, la femme qui possède les trois quarts du territoire de la commune, n’est pas devant l’urne l’égale de son domestique mâle. Le domestique vote, la propriétaire qui l’emploie ne vote pas.

L’habitante qui a une résidence fixe, une industrie, des intérêts engagés dans sa commune, n’a pas le droit qu’à- le touriste qui s’arrête là six mois, d’exercer – en votant – son influence dans l’administration communale.

La veuve chef de famille qui se trouve à la mort de son mari à la tête d’une grande maison de commerce, n’a pas le droit de donner son avis dans la commune. Ses ouvriers, ses employés, tous ceux qui dépendent d’elle, ont le pouvoir de lui nuire en votant contre ses intérêts ; il lui est impossible de se défendre. Elle ne peut rien puisqu’elle n’est pas électeur.

Les Français se déprécient, en refusant aux femmes dont ils proviennent, les prérogatives qu’ont les dames des nations voisines.

Si, en effet, les femmes de France sont inférieures aux femmes des autres pays et ne peuvent exercer les droits de celles-ci, il est bien certain que leurs pères, leurs frères, leurs époux sont eux-mêmes inférieurs aux hommes des autres pays.

Si le Français continue à tenir dans un tel état d’infériorité, sa mère, il finira par faire penser à ses contemporains étrangers qu’ils ont sur lui une suprématie héréditaire ; et par faire croire qu’au lieu d’être né d’une femme, il pourrait bien être issu d’une guenon, puisqu’il la laisse aussi loin, derrière lui.