Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/188

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diminuait cependant lorsque je regardais téter mon petit. Il tétait goulûment, mais après quelques gorgées, il semblait étouffer, et rejetait d’un seul coup tout le lait qu’il venait de prendre.

Dans cette salle d’hôpital où nous étions une quinzaine de jeunes mères, l’infirmière ne pouvait s’attarder longtemps auprès de chaque berceau. Elle me dit sans s’inquiéter :

— Beaucoup de nouveau-nés rejettent le lait.

Je remarquai bientôt que les autres nouveau-nés s’endormaient après chaque tétée, tandis que le mien pleurait presque sans arrêt. Ma voisine de lit qui en était à son troisième enfant me dit tout bas :

— Il pleure la faim, votre petit, donnez-lui à téter en cachette.

Je parvins à suivre ce conseil. L’enfant ne gardait pas mieux le lait mais il arrêtait un peu son cri plaintif. Après quelques jours, tous les autres bébés avaient augmenté de poids alors que le mien pesait moins qu’à sa naissance.

La sage-femme eut vers moi un regard soupçonneux :

— Qu’est-ce que vous faites donc, vous, avec votre enfant, vous faite semblant de lui donner à téter ?

Ce n’était pas ce reproche-là que j’attendais et je n’y fus pas sensible.

Elle reprit, mécontente et s’adressant à l’infirmière :

— Surveillez cela, n’est-ce pas !

Je ne sais si l’infirmière tint compte de cet ordre mais à partir de ce moment, je surveillai attenti-