Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/219

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Tante Rude non plus ne se plaint pas et il ne fait pas bon de pleurnicher autour d’elle.

Angèle ne s’inquiète pas plus de la guerre que d’une bataille entre garçons de village :

— Qu’ont-ils à se battre ? dit-elle.

Comme je lui parle du départ possible de son mari, elle répond l’air tranquille :

— Ils ne l’ont pas trouvé bon à l’âge du régiment, pourquoi me le prendraient-ils maintenant ?

Manine est comme assommée, et Reine est silencieuse. Dans son doux visage de fillette, ses deux papillons bleus bougent à peine.

À l’inverse de Manine et Reine, Clémence est exubérante et active. Elle va aux nouvelles dans le village, elle part à la recherche des journaux. Elle court au-devant des régiments qui passent, offrant des fleurs aux soldats qui s’étonnent de sa beauté et lui en font compliment. Reine l’accompagne avec des fruits, mais si les soldats acceptent volontiers les fruits de Reine, tous tendent la main vers Clémence et ses fleurs. De ne savoir auquel répondre Clémence en paraît plus jolie encore sous le grand chapeau qui ombrage son teint soigné. Et, parce qu’un jeune officier a mis un baiser sur la fleur reçue, elle vient de rentrer en fredonnant :

Partons, partons belle,
Allons à la guerre
Allons bien vite
Allons.

Jean Lapierre et Nicole, fiancés depuis le printemps devancent l’époque fixée pour leur mariage.