Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/42

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


coup plus grave, et, retenant mes pleurs, je répondis :

— C’est à cause de cela qu’ils ont amené ici les enfants.

Et sans un mot de plus, lourde du poids de ma faiblesse et de ma joie gâchée, je m’appuyai au bras d’oncle meunier qui m’entraîna lentement sur le chemin du retour.

En m’attendant, Angèle et Firmin s’étaient endormis sur leur chaise. Oncle meunier les regarda puis il retrouva toute la douceur de sa voix pour me dire :

— Fais coucher tes enfants, petite mère.

Et tout bas, il ajouta :

— Attends encore, avant de redouter l’avenir.


L’avenir devint très vite redoutable, car à mes questions directes, ma mère fut bien forcée de m’apprendre l’abandon définitif du foyer par son mari, et la demande en divorce qu’elle formulait contre lui. Pendant le temps que durerait le procès, elle allait nous laisser sous la surveillance de son frère. Et, autant qu’à Paris, disait-elle, elle comptait sur moi pour la remplacer auprès de mes frères et sœurs.

D’accord avec oncle meunier, je décidai de laisser Angèle et Firmin dans l’ignorance de ces choses.

Ils étaient si heureux de pouvoir courir par les champs et les bois. Je les prévins seulement que nous allions rester longtemps au moulin, par mesure d’économie.