Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/48

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rement les leçons, car il était redevenu mon professeur. Le soir, les jumeaux couchés et la porte verrouillée nous repassions nos devoirs à la lueur du foyer pour économiser le pétrole de la lampe.

La vieille horloge toute longue et presque invisible dans son coin était notre amie autant que le foyer. Elle nous avertissait du temps écoulé et nous empêchait de rire trop souvent. Elle était si vieille qu’elle ne pouvait plus sonner. Elle toussait à la place ; mais sa toux, discrète et comme voilée, se faisait entendre au bon moment, sans jamais avancer ni retarder.

Et Firmin qui oubliait toujours de compter, me demandait, sans que l’idée nous vint d’en rire :

— Quelle heure qu’elle vient de tousser ?

Puis, les livres et les cahiers rangés, Firmin s’agenouillait pour une courte prière qu’il terminait ainsi :

— Mon Dieu ! Faites que mon père et ma mère soient toujours d’accord.

Ces paroles me troublaient au point de me donner envie de pleurer ; malgré cela, je gardais le secret sur la séparation de nos parents, tant j’avais l’espoir d’une réconciliation entre eux.

Ce fut une lettre de ma mère qui vint détruire la belle confiance de Firmin.

Dans cette lettre arrivée le jeudi comme à l’ordinaire, Firmin, au lieu des trois feuillets écrits à chacun de nous en particulier n’avait trouvé qu’une seule page dans laquelle ma mère me priait de lui envoyer certain papier que je trouverais à la mairie du village et absolument nécessaire à son divorce qu’elle désirait voir aboutir le plus